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le berceau des anges Le scandale du trafic de bébés au Québec dans les années 50

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  • À QUELQUES MILLES D’ICI :
    EXPOSITION
    PERMANENTE
    DE
    SEPT CENTS ENFANTS
    ABANDONNÉS

    ON DEMANDE
    DES
    PARENTS ADOPTIFS

    LA CRÈCHE, 680, CHEMIN STE-FOY, QUÉBEC

    OUVERTE AU PUBLIC CHAQUE JOUR
    DE 2 HRS À 3 (HEURE AVANCÉE DE L’EST)

  • La délinquance juvénile
    (Pratiques d’adoption interétatique)

    Bibliothèque de l’Université Harvard
    Déposé par le
    Gouvernement des États-Unis

    Audience
    devant le
    Sous-comité sénatorial enquêtant sur
    la délinquance juvénile
    du
    Comité sur le corps judiciaire
    du Sénat des États-Unis

    du quatre-vingt-quatrième Congrès
    Première séance
    en application de la
    Résolution sénatoriale no 62

    Enquête sur la délinquance juvénile aux États-Unis

    15 et 16 juillet 1955

    […]

    Le sous-comité s’est réuni, à la suite de la suspension de la séance, à 14 h 20.
    Monsieur le président Kefauver : Mr Mitler, qui est notre premier témoin cet après-midi?
    Mr Mitler : Harry Moyneur.
    Monsieur le président Kefauver : Venez par là, Mr Moyneur ; faites le tour.
    Mr Moyneur, je vous prie de lever la main droite.
    Mr Moyneur : Je lève ma main droite.
    Monsieur le président Kefauver : Jurez-vous solennellement que le témoignage que vous livrez devant ce sous-comité sera toute la vérité, que Dieu vous soit en aide?
    Mr Moyneur : Je le jure.

    Témoignage d’Eugene Harry Moyneur ; Ottawa, Canada.
    Mr Mitler : Comment vous appelez-vous?
    Mr Moyneur : Eugene Harry Moyneur.
    Mr Mitler : Quelle est l’adresse de votre domicile?
    Mr Moyneur : J’habite dans l’est du Canada.

    […]

    Mr Mitler : Voulez-vous bien nous dire quelques-uns des métiers que vous avez pratiqués? Enfin, vous avez été boxeur, n’est-ce pas?
    Mr Moyneur : Eh bien, j’ai été – oui, c’est ça – boxeur, lutteur, haltérophile, employé de fête foraine, employé de fête foraine.
    Mr Mitler : Maintenant, en 1951, êtes-vous allé à la ville de Montréal?
    Mr Moyneur : En mille-neuf-cent(…) – oui, Monsieur ; oui, Monsieur, en effet.

    […]

    Mr Mitler : Avez-vous rencontré Sarah par l’entremise de cet homme, ledit Harmonica Sam?
    Mr Moyneur : C’est lui qui m’a présenté à Sarah.
    Mr Mitler : Il s’agit bien de Sarah Wyman, qui demeure au 4221, rue Laval, à Montréal?
    Mr Moyneur : Oui, oui, c’est ça. Sur la rue Laval, dans une maison en briques. Elle a deux étages.
    Mr Mitler : On vous y a amené et on vous a présenté à Sarah, c’est bien ça?
    Mr Moyneur : C’est bien ça.
    Mr Mitler : Et quel était le métier de Sarah?
    Mr Moyneur : Le métier de Sarah était de se charger des bébés.
    Mr Mitler : Qu’entendez-vous par « se charger des bébés»?
    Mr Moyneur : Eh bien, avant que j’arrive, il y avait un autre gars, mais quand je suis arrivé, elle – bien, de toute façon, vous connaissez toute l’histoire – elle vendait des bébés à des Américains.
    Mr Mitler : Je vois. Que vous a-t-elle demandé de faire? Quelle a été votre première conversation avec elle?
    Mr Moyneur : C’est ça qu’elle m’a demandé – elle m’a dit, est-ce que tu peux traverser la frontière, la frontière américaine, vous savez – est-ce que je peux traverser la frontière avec des bébés – un bébé ou 20 bébés, je ne sais pas. Je lui dis, « je peux essayer », parce que, vous savez, j’avais passé la frontière tellement de fois.
    Mr Mitler : Bien. Et avez-vous commencé à habiter la maison de Sarah à partir de ce moment?
    Mr Moyneur : Oui, c’est ça, je me suis installé dans la place.
    Mr Mitler : Qui d’autre habitait cette maison, à part Sarah et vous-même? Y avait-il des filles qui étaient enceintes?
    Mr Moyneur : C’est correct que je dise ça devant les dames qui sont là?
    Mr Mitler : Certainement. Nous cherchons à établir les faits. C’est ça qui est important.
    Mr Moyneur : Très bien, alors, il y a des filles qui sont là à attendre leur bébé, voyez-vous? Elles attendent le moment.
    Mr Mitler : Elles venaient chez Sarah d’un peu partout dans la province du Québec, à votre connaissance?
    Mr Moyneur : Ben, du Québec et d’autres places aussi, voyez-vous, d’autres places.
    Mr Mitler : C’étaient des filles qui parlaient anglais, ou français?
    Mr Moyneur : La plupart étaient comme moi ; elles parlaient français.
    Mr Mitler : Il y en avait combien de filles quand vous êtes allé dans cette maison pour la première fois ?
    Mr Moyneur : Ben, il y en avait que deux quand je suis arrivé.
    Mr Mitler : Puis, d’autres filles sont-elles arrivées à un moment ultérieur?
    Mr Moyneur : Oui.
    Mr Mitler : Quel était spécifiquement votre travail, ou vos tâches, pendant que vous habitiez chez Sarah, mis à part le transport d’enfants aux États-Unis?
    Mr Moyneur : Vous voulez dire, à la maison?
    Mr Mitler : Étiez-vous un genre de directeur des loisirs?
    Mr Moyneur : Ben, arrêtez un peu avec les grands mots, là. Donc, il y avait des filles, là, qui avaient des petits amis, et un gars est venu voir Susan, une fille qui était là, et elle a – vous savez – les gars montaient voir leur blonde.
    Mr Mitler : Oui.
    Mr Moyneur : Alors, de temps en temps, ils font du trouble, voyez-vous. Alors, je les jette dehors, la tête la première – pour qu’ils se calment, qu’ils se calment. Puis elle m’a dit de sortir les filles ; voyez-vous – il faut les amadouer aussi, voyez-vous. Alors j’apporte des bas de nylon, des boîtes de chocolats, tout ça…mais c’est Sarah qui payait, pas moi.
    Mr Mitler : Et pendant que vous étiez chez Sarah, avez-vous appris qui étaient les coursiers ?
    Mr Moyneur : Les coursiers?
    Mr Mitler : Oui.
    Mr Moyneur : Certainement.
    Mr Mitler : Qui sont-ils?
    Mr Moyneur : Eh bien, ce sont les gars et les poules – je veux dire – excusez-moi ; vous pouvez enlever ça, s’il vous plaît?
    Mr Mitler : Continuez.
    Mr Moyneur : C’était l’homme et la femme qui sortaient, ben, un peu partout dans la ville. Ils guettaient la fille qui attendait un bébé – « faut pas que mon père le sache », « faut pas que ma mère le sache » – et blablabla…en tout cas, eh ben, elles sont coincées, voyez-vous. Ben, ils sortaient, puis ils ramenaient la fille chez Sarah, et Sarah, elle est mignonne – elle les mettait dans sa poche.
    Mr Mitler : Ça veut dire quoi, au juste, « elle les mettait dans sa poche »? Elle gagnait leur confiance, ou quoi? Excusez-moi.
    Mr Moyneur : Je veux dire – vous avez dit quoi, là?
    Mr Mitler : Quoiqu’il en soit, est-ce que les coursiers étaient payés par Sarah au cas où l’affaire se concluait?
    Mr Moyneur : Oui, elles recevaient 25 $, à condition que la fille reste là pour accoucher de son petit ou de sa petite – à condition qu’elle accouche là, voyez-vous, mais parfois, elles se sauvaient en plantant Sarah.
    Mr Mitler : Vous voulez dire que certaines des filles restaient là un temps, profitaient des soins dispensés par Sarah, puis elles partaient ; c’est bien ça?
    Mr Moyneur : Elles sont nourries, logées, blanchies, puis elles ont les bas de nylon, les chocolats… tout ça.
    Mr Mitler : Donc, un couple est arrivé des États-Unis – Nous allons vous demander de parler d’un couple en particulier qui est venu vous demander de transporter un enfant aux États-Unis.
    Mr Moyneur : Oui, Monsieur.
    Mr Mitler : Combien d’argent vous ont-ils donné à l’avance, pour faire entrer l’enfant aux États-Unis en contrebande? Combien?
    Mr Moyneur : Vous appelez ça de la contrebande, amener un bébé aux États? Ce n’est pas ça, la contrebande, Monsieur.
    Mr Mitler : Je vois.
    Mr Moyneur : Ils me donnaient 350 $. Ça permet de donner un foyer au bébé.

     

  • 12 décembre 1953

    Ma pauvre fille n’est pas chanceuse, elle a eu un gros accident, et, sitôt remise, est-ce le chagrin ou le découragement, elle s’est mise à sortir.  Elle attend un bébé.  Elle n’est pourtant pas plus mauvaise qu’une autre.  Mes supplications et mes larmes n’ont pas réussi à lui faire dire qui est le père.  Quoi faire, Mimi?  J’ai d’autres grandes filles pour  lesquelles cela est un drame, sans compter le chagrin que ça va faire à son père, qui est malade, et la honte pour nous, qui depuis 20 ans habitons la même paroisse.  Quoi faire, nous ne pouvons pas la mettre dehors, mais nous ne pouvons pas garder ce bébé!  Venez à notre secours.

    Mère désespérée.

    Chère madame, calmez-vous, reprenez espoir; il y a toutes sortes de sociétés pour venir en aide aux malheureuses familles que le malheur frappe, et un bébé sans père est un grand malheur, d’abord pour le bébé, pour la malheureuse  fille et, ensuite, pour ses parents.

                      Je  déplore que les institutions qui reçoivent les filles-mères ne fassent pas un genre quelconque de publicité (et ici, je ne fais pas de l’ironie). Ça éviterait à plus d’une pauvre fille d’aller chercher refuge dans le lit du fleuve, ou dans l’autre d’une apprentie sorcière ou d’un illustre boucher en rupture de ban. Puisque votre fille refuse de révéler le nom du père, c’est qu’elle ne le sait pas, ou qu’il n’est pas libre.  Alors, n’insistez plus et prenez votre courage à deux mains.

                      Qu’elle se présente à Montréal, à la maternité de la Miséricorde, 850 est, rue Dorchester, et qu’elle s’adresse à madame Holtz.  Les patientes sont reçues avec courtoisie et compréhension, à n’importe quel moment de leur maladie, pas un sou ne leur est demandé à l’admission, elles s’acquittent des frais de pension et d’opération (environ $70) par un mois de travail à la pouponnière, après leur délivrance.  Autre solution : travailler dans une maison privée, à raison des $50 par mois, pendant les 4 derniers mois de leurs grossesses, pour payer leur maladie, ce qui leur laissera $125 d’argent liquide pour retourner chez elles avec des économies.  Si votre fille préfère cette solution, qu’elle m’écrive.  J’ai une liste de dames qui sont prêtes à prendre des bonnes enceintes, et qui, si elles sont en bonne santé, les gardent jusqu’à la fin; autrement, la Miséricorde les recevra à n’importe quel moment de leur maladie, le jour ou la nuit.

    8 mai 1954

    Pour vous, filles-mères!

    Où les filles-mères peuvent-elles se réfugier pour attendre leur terme?

                      Tous les hôpitaux du Canada ont des services sociaux où la future maman peut s’adresser pour avoir de l’aide.  Il m’est impossible de vous donner ici toutes les adresses des hôpitaux de la province et leurs conditions, mais je peux vous parler de celui que je connais très bien pour y avoir dirigé des centaines de mes protégées : c’est  la « Miséricorde », 850 est, rue Dorchester, à Montréal.  La directrice, Sœur Ste-Cécile  de Rome, est une jeune femme sympathique et compréhensive.  Je peux vous assurer qu’elle ne considère pas une fille « mauvaise » parce qu’elle attend un enfant en dehors des liens du mariage.  Elle me disait textuellement cette semaine qu’elle considère celles qui se rendent jusqu’à son bureau comme « la crème, les meilleures de ces malheureuses ».  Et c’est très juste, les autres, les « plus chanceuses » ou « moins bonnes » s’arrangent pour couper court au martyre de ces neuf longs mois, et ne se rendent jamais jusqu’au bureau d’admission d’un hôpital; elles se retrouvent dans le bureau d’un médecin en rupture de ban… en prison… ou à la morgue…

                      Si vous êtes à quelques jours de votre terme, petites amies en détresse, vous serez admises à n’importe quel moment, avec ou sans argent.  Vous ne serez invitées à payer que si vous êtes capables de le faire, ou si votre santé ne vous permet pas de travailler pour rembourser vos frais de pension et d’hôpital.

                      En salle publique, ces frais sont de $37 pour la maman et $25 pour le bébé, ce qui fait $62.00.  La patiente est invitée à rembourser par son travail, après l’accouchement, moyennant un salaire égal à ceux payés dans les maisons privées, soit $40 par mois.

                      Si la future maman n’a pas d’endroit pour se réfugier en attendant son terme, j’ai dans mes fiches plus de demandes d’emplois que je ne peux en satisfaire.  Je peux toujours leur trouver du travail si elles me préviennent par lettre de la date où il faut quitter le foyer.  Pour décider la maman et sauver les apparences, j’enverrai une lettre, offrant une situation.  Par contre, si la patiente est trop mal pour travailler, « la Miséricorde » l’hospitalisera le temps qu’il faudra.  Pour une chambre privée, c’est $5.00 par jour.  Pour une chambre semi-privée (trois lits) c’est $15 par semaine.  La patiente peut être assurée qu’elle reçoit les soins les plus éclairés et les attentions les plus sympathiques de la part des médecins, des gardes et de la directrice, à qui il me plaît ici de rendre l’hommage qu’ils méritent.

  • 250, 000 réalisés en 18 mois par un ring sur la vente des bébés

    L’enquête sur le marché international des nouveaux nés qui se poursuit à Chicago devant une commission sénatoriale du gouvernement américain  a mis en lumière plusieurs incidents qui se seraient déroulés à Montréal.

                      Les noms de quelques Montréalais ont même été mentionnés à plusieurs reprises au cours des sessions qui se poursuivent.

                      Cette enquête est menée autour des agissements de gens qui auraient opéré sur une haute échelle le commerce de bébés à Montréal, à New-York, au Massachusetts, à Baltimore, au New-Jersey, et à Chicago.  Le comité fédéral d’enquête présidé par le sénateur Estes Kefauver et dont les membres sont les sénateurs Alexander Wiley et William Langer, a assisté à la projection d’un film secret du gouvernement américain, tourné à l’aide d’une minuscule ciné-caméra à Chicago il y a quelques semaines.  La scène prise à l’aide de cette détective dissimulée montre une jeune mère embrassant son nouveau-né une dernière fois avant de le remettre à un avocat juif qui l’a donné à « ses nouveaux-parents » attendant dans un taxi.

    RESERVE

    À l’enquête on a dévoilé qu’un enquêteur américain s’était rendu à Montréal il y a quelques semaines et qu’il est en mesure de dire par suite de l’enquête qu’il a menée dans la métropole canadienne qu’il y a encore un certain nombre de « bébés à vendre » pour de fortes sommes à des « parents » américains.  Le « nettoyage » effectué il y a deux ans,  alors que des arrestations furent opérées à Montréal à la suite d’une enquête menée conjointement par la police de Montréal, la Sûreté provinciale et les autorités policières de l’État de New-York n’aurait donc pas mis fin à ce commerce d’êtres vivants, selon le représentant de l’État de New-York George Chenkin.

                      Il a souligné qu’il était connu qu’un des « commerçants » de bébés de Montréal avait réalisé un profit de $250.000 au cours d’un période de 18 mois.  « Les bébés étaient expédiés par avion de Montréal à un rythme de 25 par mois » a-t-il dit.  Le prix actuel des bébés en vente serait aujourd’hui de 5,000.  À Trois-Rivières, toujours selon la même source, ils seraient vendus il y a un an $700 alors que la « prix du marché » serait aujourd’hui DE $3,000.  L’enquête aurait révélé qu’il n’y aurait aucun marché de bébés à Toronto.  Ce marché illégal selon lui, aurait réduit de beaucoup le nombre des opérations illégales à Montréal.  Il estime que le nombre des enfants passés en contrebande du Canada aux États-Unis chaque année est de 3,000 au profit de $6,000,000.

    MAMAN DE 15 ANS

    Il ajoute que les mamans, dont la majorité sont des adolescentes qui n’ont pas encore vingt ans ne reçoivent à peu près rien pour leur enfant et qu’il ne reste à peu près plus un sou du peu d’argent qu’elles ont reçu lorsqu’elles ont défrayé le coût de l’accouchement et des avocats qui font les transactions.  « Je suis allé à Montréal il y a quelques semaines, a-t-il dit, à la demeure de Sara Weiman rue Laval.  Je lui ai dit qu’un couple que je connaissais voulait un bébé et désirait louer une chambre.  Je lui ai demandé si elle pouvait m’aider.  Elle m’a dit : « Pourquoi ne pas l’acheter de moi ».

                      Je lui ai demandé si elle était dans ce genre d’affaires et elle m’a répondu que oui.

                      « Combien demandez-vous pour enfant?  Ai-je ajouté.  Elle m’a répondu : $5,000. »  Elle m’a dit que le couple devait agir avec prudence étant donné que déjà certaines personnes avaient été arrêtées dans une affaire du genre.  Elle a dit que déjà une femme qui avait déjà passé deux bébés sur le marché américain se disposait à en traverser un troisième.

                      « La femme a dit qu’elle devait agir avec prudence dans ce genre de transaction.  Récemment deux «de ses enfants » avaient été enlevés par des membres d’une bande rivale », a-t-il souligné.

    LA CONCURRENCE EST TERRIBLE

    Selon l’enquêteur, depuis qu’elle se serait lancée dans le « commerce », la Montréalaise aurait permis la traversée et la vente de quelque 100 enfants aux États-Unis.  Il souligne qu’elle en aurait fait traverser un plus grand nombre si des concurrents ne lui avaient pas enlevé certains de ces enfants.  Un autre enquêteur, un avocat dont l’identité n’es pas rendue publique a ensuite témoigné devant le comité, mais ceci derrière un écran de façon qu’il ne puisse pas être vu dans la salle d’audiences de la Cour fédéral.  Il a déclaré : « Ma femme et moi avons entendu dire que nous pouvions obtenir un bébé à Montréal.  D’autres couples du New-Jersey nous avaient renseignés sur la façon d’agir et les gens à qui s’adresser.  Le nom à connaître était Sara Weiman.  Je lui ai téléphoné et elle a répondu que ma femme et moi devions nous rendre à Montréal.  Nous nous y sommes rendus par avion et avons pris une chambre dans un hôtel.  Je suis alors allé la voir.  Elle demeurait dans un quartier malsain et sa demeure était délabrée.  C’était une femme grotesque qui avait l’air d’un personnage  « de la révolution française ».  Elle a tenté de nous faire accepter un nouveau-né qui était très malade.  Après discussion elle s’est rendu compte que je ne me laisserais pas passer un enfant malade.  Elle m’a alors dit de ne pas quitter la ville car elle s’attendait obtenir un autre enfant dans un avenir rapproché ».

                      « Le lendemain elle m’a appelé à l’hôtel et de nouveau je me suis rendu chez elle, désireux que j’étais d’obtenir un bébé.  Il y avait là chez elle une jeune femme qui pleurait et tout près, sur un grabat un nouveau-né…  Personne n’accompagnait la pauvre fille.  Elle était seule avec Sara.

    LE PAUVRE PETIT CRAMOISI

    « L’enfant avait besoin de soins médicaux et il avait le visage bleu, preuve patente qu’il manquait d’oxygène.  L’état de l’enfant ne paraissait pas émouvoir Sara.  Elle a tenté de lui faire avaler de force du lait froid pour le calmer.  J’étais tellement bouleversé par ce que je venais de voir que j’ai saisi l’enfant, l’ai enveloppé d’une couverture et j’ai sauté dans un taxi pour me faire conduire à ma chambre d’hôtel.

    « MESSAGERS SPÉCIAUX »

    « J’ai appelé un médecin et obtenu les soins médicaux que son état requérait. La femme insistait sur le fait que l’enfant devait nous être livré aux État-Unis par ses « messagers » spéciaux.  Je me suis insurgé contre ce non-sens.  J’ai payé une somme de $500 à un avocat, (conseiller de la Reine).  Je le considérais comme un homme important et par son entremise j’ai légalement adopté l’enfant.  « Je n’ai donné à la femme qu’une somme de $150 pour sa démarche.  L’enfant, une petite fille fait le sujet de notre adoration. »

    « ADOPTION IMPOSSIBLE CHEZ EUX »

    « Elle est bien traitée et notre seul désir est d’en obtenir un autres semblable.  Où nous demeurons nous ne pouvons d’aucune façon obtenir d’enfant pour adoption.  Notre société d’adoption n’a rien à voir avec nous et notre enfant, comme c’est le cas pour les autres couples qui ont obtenu des enfants du Canada.

    « Si nous voulons avoir un autre enfant, (et nous le désirons), nous devrons donc passer par les mêmes rouages de ce marché noir une autre fois »

    LE CHEF À OTTAWA?

    Eugène Harry Miner, 44 ans, employé de  cirque, individu qui dit demeurer à Ottawa, et qui est bien connu des enquêteurs comme étant l’homme qui dirige tout le commerce des bébés au Canada a rendu témoignage devant le comité d’enquête.

    TRANSIT À DÉTROIT

    Il a révélé comment il transportait un enfant de Montréal à Windsor par avion.  Il se rendait ensuite à Détroit et pour éviter le danger d’être suivi, il achetait son billet d’autobus dans une banlieue de Détroit.  Plus tard il rentrait à New-York par chemin de fer.  Il livrait ensuite l’enfant canadien à une adresse qui lui avait été fournie, où il percevait une somme d’argent variant de $75 à $100.

    $300 PAR LIVRAISON

    Miner a déclaré qu’il était employé par Sara Weiman de Montréal pour transporter les bébés de Montréal à New-York.  Il a déclaré que son salaire moyen était de $300 par livraison.  Il a nié avoir fait de la contrebande et a affirmé que son action s’est limitée à procurer aux bébés « de bons foyers ».  Ces enfants, dit-il, traversaient les frontières sans passeport.  Il a concédé qu’il avait déjà reçu des pourboires.

     

    ENTREPRISE PROVINCIALE!

    Il a ajouté que s’il pouvait seulement obtenir les demandes nécessaires il pourrait placer tous les bébés du Québec.  « Donnez-moi un salaire suffisant pour vivre et je le ferai ».

    Theresa Heath, détective de New-York, assignée pour faire enquête sur le marché noir des bébés à Montréal, a déclaré dans son témoignage qu’elle avait interrogé 75 couples de New-York qui avaient obtenu des bébés de Montréal.  Elle a déclaré qu’il était possible d’acheter un enfant à Montréal pour des sommes aussi basses que $1,000 selon les penchants pour les petits garçons ou les petites filles.  Mlle Heath a déclaré au comité qu’elle avait reçu l’appui nécessaire des autorités canadiennes afin de poursuivre son enquête qui n’avait qu’un but : mettre un terme à ce commerce éhonté de vies humaines.

    SCÈNE TIRÉE D’UN FILM SECRET DU GOUVERNEMENT AMÉRICAIN SUR LE MARCHÉ NOIR DES BÉBÉS. – Une fille-mère donne un dernier baiser à son enfant avant de le livrer à  l’entremetteur.  Environ 25 bébés par mois prennent la direction des États-Unis à raison de prix variant entre $1,000 à $5,000 pièce.

    L’UNE DES PRINCIPALES POURVOYEUSES du marché noir des bébés, Mlle Sarah Weiman, de Montréal, avoue candidement avoir pratiqué cette traite des enfants en petit : cinq ou six par année et non 75 à 100 comme l’a dit un témoin à Chicago.  Un autre témoin déclare que Mlle Weiman tenait un refuge assez peu propre pour filles-mères.  Ses clients lui versaient en moyenne $600 plus quelques dépenses incidentes de voyage et de certificat d’adoption.

     

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  • Prière de l'indigne

         Seigneur, je ne suis pas digne d'être mère. J'ai contrefait et blasphémé le mariage. J'ai transgressé vos commandements. J'ai méprisé vos grâces. J'ai fait la sourde oreille à vos inspirations comme à vos conseils. Dans ma folie, je vous ai bravé, et voilà que vous m'imposez le redoutable fardeau d'une maternité.

         Seigneur je suis indigne... Indigne et sans moyens, abandonnée que je suis par le père – le père sans entrailles – de mon enfant.

         Mon abjection et mon déshonneur m'ouvrent enfin les yeux.

         Que ferai-je si vous n'avez pitié de ma double misère? Ah! Secourez-moi, Seigneur. Je sais « qu'il n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens »; mais je vous répète avec la Chananéennne: «Les petits chiens mangent sous la table de leur maître les miettes que laissent tomber les enfants.» Mendiante, moi aussi, j'implore quelques-unes des grâces que vous prodiguez aux mamans selon votre coeur.

         Vous fûtes si bon, si miséricordieux, si divinement humain pour les femmes repenties, pour la débauchée de Samarie, pour l'adultère de Jérusalem, pour l'impudique de Magdala. Pitié, Seigneur pour une autre pécheresse ! Pitié pour une mère indigne ! Pitié surtout pour un pauvre petit enfant ! Laissez-le venir à vous et laissez que je l'accompagne.

    * * *

         Faites, je vous en supplie, Seigneur, au nom de Marie, votre mère et la mienne, que malgré l'inconduite de ses parents, notre enfant soit de bonne conformation, attrayant et sain, qu'il soit de bon naturel, intelligent, docile et courageux, qu'il vous aime et que jamais il n'ait le malheur de vous offenser gravement comme nous avons fait.

         Je supplie votre Majesté de l'admettre à la vie nouvelle du saint Baptême et à l'incorporation de la sainte Église ;

         Je supplie votre Providence de lui préparer, parmi les miens ou parmi les étrangers, de charitables parents adoptifs ;

         Et surtout, je supplie votre Miséricorde de l'enlever tout jeune de la terre, s'il doit porter en lui le triste héritage des passions qui nous ont perdus.

         Réparez, Dieu tout-puissant, les conséquences de nos erreurs.    

         Pitié pour l'innocente victime de si tristes péchés !

        J'accepte de souffrir, j'accepte de mourir pour que mon enfant soit marqué du sceau indélébile des enfants de Dieu.

         Autant qu'il est en mon pouvoir, je voue et consacre de tout mon coeur « à l'amour de votre service et au service de votre amour » le fruit d'un amour qui méritait votre haine.

    * * *

         Gardez-moi constante, malgré ma légèreté, mes sentiments de mère;

         Gardez-moi, pour ma pénitence, mes inquiétudes, mes angoisses maternelles et le souvenir de ma déchéance;

         Gardez-moi, pour ma purification, l’attachement aux sacrifices généreusement acceptés et plus amoureusement recherchés;

         Gardez-moi, pour ma réhabilitation, la vue continuelle de mes responsabilités cachées;

         Gardez-moi, pour ma persévérance, le dégoût des personnes, des lieux et des choses de perdition;

         Gardez-moi, pour ma sanctification et celle de mon enfant, la fidélité dans l’intercession et l’assiduité aux sacrements régénérateurs.

          Mettez dans mon cœur, le trésor de la reconnaissance pour tous ceux qui m’ont secourue, éclairée, sanctifiée.

         Et préservez-moi à jamais, préservez aussi, je vous en conjure, Seigneur, tous ceux que j'aime, des égarements qui aboutissent au déshonneur et au péché.

    * * *

         Quand à moi, pour mes infidélités passées, pardon, Seigneur ! Pour mes complicités, pour mes scandales, pour mes mauvais exemples, pour le tort causé à tous les membres de ma famille, pour les larmes de ma mère, pour l'intime chagrin de mon père, pour la contristation de votre Coeur adorable, pardon, Seigneur, mille fois pardon !

         Ô Vierge Marie, soyez touchée de ma profonde misère et, par votre si puissante médiation, obtenez, pour la mère indigne, pour le père égoïste et pour leur malheureux enfant, la miraculeuse, la transformante bénédiction de votre adorable Fils, Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Ainsi-soit-il.

    Source : Germain, Mgr Victorien (directeur du Service des Adoptions à la Crèche de Québec). 1943. Les Chroniques de la Crèche : contes, plaidoyers et nouvelles. « Prière de l’indigne ». Québec, p.65-66

  • L'équipe gagnante dans l’affaire du marché noir de vente de bébé

    Les forces combinées qui ont combattu les artisans du marché noir de vente de bébé à Montréal. De gauche à droite : Dét. Jules Arseneault, Police provinciale; Ernest A. Mitler, procureur de district adjoint, Comté de New York; Dét. Theresa Bogatta, New York City Police Department; Dét. Michel Deltorquio, Police provinciale; George W. Hill (assis), C. R. Procureur principal de la Couronne, Sgt. Hilda Beaucage, Service de police de Montréal et Sgt-dét. Edgar Belair, Service de police de Montréal.

    Conroy, LARRY, «L'équipe gagnante dans l'affaire du marché noir de vente de bébé», The Montreal Star, 13 février 1954, p. 2.

  • “Mamans “ et détectives

    Elles sont constables, détectives et gardiennes d’enfants; elles servent d’appât aux maniaques, gardent les prisonnières et les malades mentales, font du travail d’assistance sociale… et ne changeraient pas de métier pour tout l’or au monde.  Elles sont vingt femmes dans la force constabulaire de Montréal et toutes sont au poste depuis 1947, soit depuis la fondation de ce corps féminin.

                      « On nous avait signalé, raconte le sergent Juliette Ruest, qu’un voleur de sacoches « opérait » dans un certain quartier depuis quelques jours.  Il fallait le prendre sur le fait.  Deux de nos policières se sont rendues, en civil, dans le dit quartier dans l’espoir que l’individu les attaquerait.  Tel que prévu, une de des femmes se fit brutalement accoster. Pendant qu’elle mettait en pratique les leçons de judo qu’on lui avait données durant son entraînement, d’autres agents, cachés tout près, accouraient à sa rescousse et passaient les menottes au voleur. »

                      Mais ce n’est là qu’une bien mince tâche comparée aux risques que sont parfois appelées à courir nos braves policières en jupes.  Car si le premier but de la formation de leur groupe est de faire du travail de prévention criminelle chez les jeunes, elles sont parfois « prêtées » à différentes escouades de la Sûreté.  L’une d’elles a collaboré à l’arrestation d’un avorteur; une autre, à la découverte d’un réseau de vendeurs de drogue et une autre à éventer un complot de vente de bébés.

                      La première fonction des policières est la prévention du crime.  Elles y parviennent en exerçant une étroite surveillance des jeunes qui ont déjà eu quelques écarts de conduite.

                      « Je me souviens en particulier, disait l’une d’elles, de cette famille de dix enfants qui vivait dans un taudis où les coquerelles tombaient du plafond comme des  gouttes de pluie.  Deux ou trois des jeunes étaient passés maîtres dans le vol à l’étalage.  Un petit bout d’homme de neuf ans entre autres avait même volé un complet… un complet de sa propre taille en plus. »

                      Le père, un brave type qui avait un emploi stable mais peu rémunérateur, craignait de perdre sa place en retournant aux magasins les effets volés par ses enfants.  Mais l’un d’eux fut, un jour, pris sur le fait.  Et on appela à la rescousse les femmes du bureau de l’Aide à la Jeunesse, de la Police.  Grâce à leurs efforts, quelques enfants furent placés dans des institutions du Bien-Être social afin de permettre à leurs parents de régler quelques-uns de leurs problèmes et de repartir sur un meilleur pied.

                      Le travail de prévention comporte aussi une large part de surveillance, soit à la porte des écoles, dans les restaurants, chez les dépositaires de journaux et revues, et plusieurs enquêtes sur des plaintes de dommages à la propriété.

    Une petite visite « en passant » resserre les liens d’amitié et permet de s’informer si le jeune homme est toujours « bon garçon ».

    Mmes Hilda Beaucage, matricule 29, et Ida Haché, 16 (à droite), comme leurs compagnes d’ailleurs, sont toujours reçues avec un sourire.

    Il faut rédiger le rapport…

    Durant leurs heures de patrouille, les policières doivent vérifier les publications vendues par les kiosques et les restaurants.  Elles ont une liste d’environ 200 revues « prohibées » et sont autorisées à saisir.               

  • $3.000.00 DE BÉBÉS VENDUS DE 3 À 10.000$ À DES COUPLES JUIFS

    De Montréal à toutes les parties des E.-Unis

    Deux avocats arrêtés. – Quatre autres personnes appréhendées à 7 h. vendredi soir, à la suite de l’achat d’un enfant par des policières. (Par Claude La Vergne)

    Un piège habilement tendu par la police dans lequel est tombé « la gardienne » d’enfants destinés au marché noir a amené l’arrestation de cinq autres personnes, dont un deuxième avocat.

    Deux femmes policières se sont rendues, vendredi soir, dans un logis de la rue Bellechasse où, prétendant être de New-York, elles ont procédé à l’achat d’un garçon de trois semaines.

    Dès que le marché eut été bâclé, les policiers provinciaux et municipaux qui enquêtent depuis plusieurs semaines sur le racket des bébés entre le Canada et les Etats-Unis ont opéré l’arrestation de la gardienne de l’enfant.

    Au Violon

    Quelques minutes plus tard, un avocat juif et trois autres femmes étaient conduits au quartier général de la Sûreté provinciale en rapport avec ce vaste réseau de contrebande d’enfants.

    Ceci se produisit à sept heures vendredi soir soit six heures après l’arrestation de l’avocat Herman Buller, à l’aéroport de Dorval, où il devait monter à 1h. 45 à bord d’un avion des KLM Airways, à destination d’Israël.  L’inculpé était, au moment de son arrestation, accompagné de son épouse et de ses beaux-parents qui devaient faire le voyage avec lui et séjourner quatre mois à Israël.

    L’enquête dans cette affaire a été menée par la Sûreté provinciale du Québec, en coopération avec la police de Montréal, sous les instructions et la direction de Me Georges Hill, représentant du département du procureur général de la province et de Me Ernest A. Mitler, procureur de l’état de New-York.

    Les Responsables

    Selon les enquêteurs des procureurs généraux du Québec et de New-York, et les détectives Jules Arsenault et Michel Deltorquio, de la Sûreté provinciale, ainsi que du détective Edgar Bélair, de la police de Montréal, les personnes arrêtées jusqu’à maintenant auraient joué les rôles suivants dans le racket :

    Les deux avocats arrêtés seraient les têtes dirigeantes de l’affaire : l’un des femmes serait la gardienne des enfants une fois achetés des filles-mères; une autre serait la personne qui aurait vu à l’embauchage des filles-mères consentant à « vendre » leur enfant; et les deux autres auraient assisté les deux premières dans leur tâche soit en transportant les enfants d’un endroit à un autre ou autrement.

    L’enfant qui fut l’objet de la transaction de vendredi soir a été conduit à la Sûreté provinciale où il a été placé sous les soins d’une matrone et plus tard été conduit dans une garderie de l’ouest de la ville.

    La police ignore encore l’identité de la mère de cet enfant, mais elle nous assure qu’elle le saura. (Par la Presse Canadienne)

    Les forces policières de deux nations ont mis à jour un trafic international de bébés et effectué l’arrestation d’un avocat montréalais de 38 ans. On s’attend à d’autres arrestations dans cette cause que les autorités ont décrite comme un racket ayant rapporté quelque $3,000,000 à une bande de médecins, d’avocats, de garde-malades et d’auxiliaires sociales qui aurait de nombreuses ramifications et aurait réussi à faire expédier mille bébés illégitimes de la région de Montréal pour adoption illégale aux E.-Unis, Herman Buller, 38 ans, un avocat de Montréal, fut arrêté au moment où il se préparait à prendre un avion à Dorval.  Des policiers municipaux et provinciaux se trouvaient à Dorval lorsque Buller fut mis en état d’arrestation alors qu’il s’embarquait à destination d’Israël avec sa femme et ses parents.

    DEUX ACCUSATIONS

    Buller a été traduit devant le juge Gérald Almond en cour criminelle.  Deux accusations ont été portées contre lui, à savoir : « avoir falsifié un certificat de naissance et avoir donné conseil avis dans une cause criminelle. »

    Son cautionnement a été fixé à $2.000 avec enquête préliminaire le 19 février.  George Hill, procureur senior de la Couronne à Montréal, a demandé un cautionnement de $5,000. Myer Gross, l’avocat de Buller, a déclaré au tribunal qu’il y a deux ans, son client avait été acquitté d’une accusation semblable.  Il y a deux jours, les policiers de la région de Montréal ont eu du renfort de New-York pour terminer leur enquête.  Ernest A. Mitler, sous-procureur du district de New-York, est venu à leur secours.  Une femme détective de New-York lui prêtait main-forte.

    A DES COUPLES JUIFS

    M. Mitler a déclaré aux journalistes que plusieurs bébés avaient été envoyés à des couples juifs, qui croyaient que l’adoption de ces enfants était légale.  Il a ajouté que la plupart des bébés avaient été envoyés dans la région de New-York et un certain nombre d’autres à Chicago, Cleveland et même en Floride.

    Il a déclaré avoir personnellement interviewé 70 familles qui lui ont déclaré avoir adopté des bébés de Montréal.  Il a ajouté que d’autres arrestations seraient effectuées d’ici quelques semaines.  Les autorités policières interrogeront des médecins, des avocats, des auxiliaires sociaux, etc.  Le fonctionnement du réseau était tellement bien agencé que des médecins et des avocats ont été les dupes des organisateurs du marché noir en les aidant dans des transactions qu’ils croyaient légales.

     

    FAUX CERTIFICATS

    M. Mitler a précisé que la clef du succès de la bande était l’émission de faux certificats de naissance.  Une fois que ces procédures étaient terminées, des couples américains étaient invités à Montréal où on leur déclarait que les enfants étaient prêts  à être adoptés.

    Les couples se présentaient devant un registraire de Montréal qui leur remettait un certificat les déclarant les parents naturels de l’enfant; on leur disait cependant que ces documents attestaient de l’adoption légale de l’enfant.  Les nouveaux parents, peu versés en terminologie légale, ne comprenaient à peu près rien à ces documents et se fiaient à la parole des organisateurs de la transaction qui leur assuraient une adoption complète et légale.  Le conseil des œuvres sociales de Montréal a déclaré que l’existence d’un marché noir de bébés ne « l’avait pas entièrement surpris » mais qu’il n’était pas au courant de l’étendue de ses opérations.  La déclaration du conseil ajoute qu’on était au courant « d’effroyables irrégularités » dans le placement de bébés et que de nombreuses protestations avaient été faites contre ces abus.

    LOI SPÉCIALE

    Le conseil précise que les meilleures mesures préventives contre de tels abus seraient l’adoption d’un programme compréhensif de la protection des enfants par les autorités provinciales et de l’application rigoureuse de ce programme.  Il ajoute que le Québec a une « excellente loi d’adoption » mais que la province manque d’organismes de bien-être social et de tribunaux de même genre pour appliquer la loi.

    À Québec, le premier ministre Duplessis, qui est également procureur général, a déclaré avoir été mis au courant d’un marché noir de bébés il y a déjà quelques temps et avoir personnellement vu à ce que deux procureurs de la Couronne se rendent à New-York pour faire enquête sur les lieux.  Le premier ministre ajouté qu’il espérait être en mesure de faire plus tard une déclaration plus complète à ce sujet.

    CANADIENS-FRANÇAIS

    À Toronto, la police a rapporté que plus de trente bébés qui auraient été illégalement envoyés de Montréal et de Toronto aux États-Unis ont été trouvés par les autorités de l’Immigration à New-York et à Brooklyn.

    À Montréal, une source officielle a rapporté que des couples juifs de New-York payaient des prix allants de $3,000 à $10,000 pour un bébé et étaient sous l’impression que les enfants adoptés étaient de race juive et que leur adoption était légale.  Cette  même source rapporte qu’en fait, les bébés étaient nés de mères chrétiennes, canadiennes-françaises ou autres.

    Georges Hill, procureur de la Couronne à Montréal et représentant du département du procureur-général, a déclaré que l’enquête révèle la nécessité de réviser les lois d’adoption de la province.  Me Hill n’est que récemment revenu de New-York où il a poursuivi une enquête avec un détective de Montréal et les autorités policières de la métropole américaine.  Le procureur a déclaré qu’il avait ordre de mettre fin et une fois pour toutes  au trafic des bébés hors du Québec.

    Me Hill a déclaré que la crainte des parents adoptifs à rendre témoignage a considérablement ralenti le progrès de l’enquête, jusqu’à ce que les autorités américaines leur donnent l’assurance qu’ils pourraient garder leurs bébés.

    On rapporte que des bébés ont été achetés moyennant des paiements allant jusqu’à $50 et les frais d’accouchement et d’hospitalisation aux filles-mères.

    Arrêté à Dorval – Une heure avant de monter à bord d’un avion qui devait le conduire en Israël, un avocat de Montréal, Herman Buller a été arrêté alors qu’il arrivait à l’aéroport de Dorval avec un groupe de parents.  Buller est celui du groupe qui se cache la figure.  On reconnaît à l’arrière, le détective Jules Arsenault, de la sûreté provinciale, et la détective Edgar Bélair, de la police de Montréal.

    LES ENQUÊTEURS. – Trois policiers ont dirigé l’enquête qui a conduit vendredi au dépistage d’une bande de contrebandiers de bébés entre le Canada et les États-Unis.  Il s’agit, de gauche à droite, des détectives Michel Deltorquio et Jules Arsenault, de la Sûreté provinciale, et du détective Edgar Bélair, de la police de montréal.

    ILS RESTENT À MONTRÉAL. – Par suite de l’arrestation de l’avocat Herman Buller, vendredi à Dorval, alors qu’il allait monter à bord d’un avion à destination d’Israël, ses bagages ainsi que ceux de son épouse et de ses beaux-parents qui devaient l’accompagner dans le voyage, sont restés à Montréal.